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Modifié le 04/03/2024
De leurs origines préhistoriques, les fougères arborescentes ont conservé la démesure. Leurs frondes sont gigantesques et viennent composer avec grandiloquence des décors exotiques inimitables. Leur “tronc” est un témoin du temps qui passe et ajoute un peu plus d'exotisme encore à l'ensemble. Comment inviter cette belle tropicale au jardin ? Comment cultiver sa différence, l'entretenir au mieux, l'associer à d'autres pour former des mise en scène végétales hors du commun ? Suivez le guide !

Présentation des fougères arborescentes et de leurs principales variétés
Vraisemblablement apparues sur terre il y a quelques 200 millions d'années, ces plantes préhistoriques peuplent aujourd'hui encore, à l'état naturel, les forêts humides et tempérées de l'Océanie, d'Australie, de Nouvelle-Zélande, des îles distribuées entre Océan Pacifique et Indien comme la Nouvelle-Calédonie, de l'Amérique Latine et même d'Europe du Sud pour certaines espèces. Parmi les dizaines de genres à ce jour classifiés, seules quelques espèces de fougères arborescentes sont parvenues jusqu'à nous et intègrent, toujours plus nombreuses, nos jardins. Elles ont en commun une esthétique incomparable, des frondes surdimensionnées et un tronc ou plutôt un stipe qui se construit peu à peu sur les vestiges d'un feuillage mort à la manière d'un palmier dont elles partagent d'ailleurs l'allure en quelque sorte.
Quelques différence subsistent entre les deux grandes familles de fougères arborescentes présentes sur notre territoire, des détails esthétiques et culturaux qui vous permettront peut-être de faire votre choix au moment de l'achat.

Le genre Dicksonia
Il s'agit là du genre le plus communément cultivé dans nos territoires. Ses diverses espèces sont toutes de croissance lente et conservent des dimensions plus restreintes à maturité que dans leur milieu naturel. Elles apprécient toutes les climats tempérés à chaud, les sols frais et ont une rusticité toute relative puisqu'elles commencent à souffrir dès -6°C.
Sa représentante la plus commune est sans aucun doute Dicksonia antartica, elle est aussi la plus rustique. Dans de bonnes conditions, elle atteindra 6 m de haut. Son “tronc”, un stipe fibreux et poilu, se développera un plus à chaque feuille qui tombe pour atteindre une trentaine de centimètres de diamètre. Ces feuilles, ou plutôt ses frondes, pourront mesurer jusqu'à 3 m de longueur, elles viendront former un grand toupet au sommet du stipe, une large couronne évasée très finement découpée, vert tendre et satiné. Son feuillage persistant se renouvelle tous les deux ans environ.
Plus petite, Dicksonia fibrosa dépassera rarement 3 m de haut sous nos cieux. Ces frondes seront également moins longues (pas plus de 2 m), leur vert sera plus foncé et bien mat. Le tronc sera plus foncé que chez D. antartica, passant d'un marron à un brun presque noir qui ajoutera encore au caractère ornemental de cette fougère arborescente. Comme D. antartica, elle s'installe au soleil non brûlant ou à la mi-ombre.
Si Dicksonia antartica et D. fibrosa pourront supporter sur de courtes durées des températures un peu plus froides, de l'ordre de -10°C, Dicksonia squarrosa, elle, sera définitivement moins rustique et sera à protéger dès -6°C. Ces frondes seront également bien plus petites (rarement plus d'1 m) et formeront une belle et dense couronne d'un vert plus clair que les autres espèces et qui culminera au sommet d'un stipe de 3 m de haut tout au plus. Elle marque également sa différence avec sa propension à former plusieurs stipes à partir de ses rhizomes souterrains. Elle préfère les expositions à mi-ombre ou ombre légère.
Le genre Cyathea
De ce genre, l'espèce la plus communément présente dans nos territoire est la fougère arborescente de Cooper, Cyathea cooperi. Installez-la à mi-ombre et protégez-la du froid (elle n'est rustique que jusqu'à -4°C), et elle s'épanouira sans peine en pleine terre ou mieux encore en grand pot. Contrairement aux Dicksonia, sa croissance est rapide et elle atteindra bien vite ses dimensions finales, 5 à 6 m de haut avec des frondes vert franc pouvant mesurer jusqu'à 3 m de long habillant en couronne généreuse le sommet d'un stipe sombre, relativement fin.
Où, quand et comment les planter ?

Attendez le printemps et la fin des gelées pour planter ces beaux spécimens somme toute assez frileux. Installez-les en situation chaude et humide, protégée du vent et du soleil ardent. Favorisez les ombres légères, une hygrométrie (humidité de l'air) élevée mais un drainage du sol impeccable. C'est cet équilibre qui permettra à vos fougères arborescentes de s'épanouir et de produire sur un rythme régulier des frondes toujours plus grandes et plus belles.
La plantation en pleine terre
Elle est à réserver aux climats les plus doux et équilibrés. Préférez les sols neutres ou acides (pas ou peu de calcaire), qui restent frais en toutes circonstances, humifères et drainants. Avant d'installer votre fougère arborescente, faites longuement tremper le pot puis suivez quelques étapes simples :
creusez un trou trois fois supérieur à la taille du pot ;
si votre terre de jardin est un peu pauvre, faites un apport de compost au fond du trou ;
si votre terre de jardin est un peu lourde, tapissez le fond du trou avec une couche drainante de billes d'argile ou de gravier et apportez un peu de sable à la terre ;
placez votre fougère bien au centre, stipe bien enfoncé et bien droit ;
tassez et arrosez généreusement la surface et le stipe ;
paillez pour maintenir la fraîcheur au pied (découvrez comment choisir son paillage).
La plantation en pot
Elle vous permettra de profiter de cette magnifique famille de plantes quel que soit le climat de votre région en prévoyant une solution de remisage au cœur de l'hive :
choisissez un pot ou un bac deux à trois fois supérieur en tous sens à la taille du pot initial ;
tapissez le fond avec une couche drainante de billes d'argile ;
versez un peu d'un substrat à la fois léger et riche, une terre de bruyère mélangée à un terreau de feuilles par exemple ;
placez le stipe bien au centre, bien droit et remplissez de sorte que celui-ci soit bien enfoncé (au moins 1/3 de sa hauteur) ;
tassez et arrosez généreusement la surface et le stipe ;
paillez pour maintenir le pied au frais.
Conseil Jardiland Les fougères arborescentes aiment les sols frais mais redoutent l'humidité stagnante. En ce sens, préférez un matériau poreux pour votre contenant, une terre cuite ou du bois par exemple. Si vous craigniez que le poids total soit un handicap pour déplacer votre plante à la saison froide, déposer votre pot sur un roule-plante peut être une solution.
Comment entretenir ces fougères géantes ?

Les fougères arborescentes sont peu exigeantes. On retiendra que la clé d'une culture réussie est le maintien dans un environnement humide. Pour que feuille ne sèche, évitez donc les expositions trop ensoleillées, les vents desséchants et proposez un arrosage fréquent. Il se fera si possible par le haut, en pluie très fine voire par brumisation, pour que les frondes en profitent au mieux, le stipe sera lui aussi largement arrosé surtout en période de canicule mais également le pied pour conserver de la fraîcheur aux racines sans toutefois les noyer, l'humidité stagnante étant presque autant redoutée par ces géantes que la sécheresse.
Rares seront les cas de figure où la fertilisation sera nécessaire mais si vos potées manquent de peps, offre-leur un engrais liquide pour plantes vertes, les frondes retrouveront de la vigueur et des couleurs.
Conseil Jardiland Concernant l'arrosage, les fougères arborescentes redoutant le calcaire, préférez l'eau de pluie ou, à défaut, une eau du robinet que vous aurez laissé reposer 24 heures pour que le calcaire se dépose au fond du seau ou de l'arrosoir. Quant à la fertilisation, tenez-vous en bien à un engrais spécial plantes vertes, ne faites aucun apport en matière organique de type compost ou fumier par exemple sui auront pour effet de brûler ses racines.
Autre point sensible, le froid, la plupart des fougères arborescentes ne résistant que peu au gel et commençant à souffrir des -3°C et tout particulièrement celles cultivées en pot en extérieur. Ces dernières sont à hiverner dès lors que votre climat connaît un hiver gélif. Pour une production en continu de nouvelles frondes, placez vos potées en intérieur, en serre tempérée ou dans une véranda que vous maintiendrez à un peu plus de 10°C minimum. Pour leur offrir un peu de repos, installez-les dans un local lumineux, maintenu entre 0° C et 10°C, ralentissez considérablement l'arrosage et cessez tout apport d'engrais.
Pour les fougères en pot qui ne pourraient être remisées, placez celle-ci le plus possible à l'abri des pluies froides et des vents, sous un auvent ou contre un mur par exemple. Dès lors que des températures en-deçà de -3°C s'annoncent, protégez le pot avec des cartons, un manchon de jute doublé de paille ou encore un épais manteau de feuilles ou de paille lesté.
Pour les plantes en pot mais également les plantations de pleine terre, dès lors que les gelées s'annoncent longues, protégez le tronc de la même manière et paillez la surface en couche épaisse. Protégez les frondes avec un voile d'hivernage.
Pour les cultures en pot, prévoyez un rempotage bisannuel - voire annuel surtout pour les Cyathea. Choisissez un pot légèrement plus grand et renouvelez totalement le substrat.
Enfin la taille consiste à supprimer les branches et frondes abîmées en les taillant bien au ras du stipe. Procédez de préférence à la fin de l'automne ou au printemps dès que les dernières gelées sont passées.
Maladies et parasites
De leurs origines millénaires, les fougères arborescentes ont conservé une résistance hors pair. Aucune maladie ne sévira si la plante est maintenue dans de bonnes conditions, en situation d'ombre légère, d'hygrométrie élevée et de sol frais exempt d'humidité stagnante. En cas d'atmosphère trop sèche, outre une souffrance des frondes, peut-être verrez-vous apparaître araignées rouges ou, plus rarement, cochenilles. Pour les premières, une brumisation régulière suffira à les chasser. Pour les cochenilles, aérez vos plantes si celles-ci sont remisées dans une serre ou une véranda et retirez manuellement les insectes avec un coton imbibé d'alcool par exemple. Si l'infestation est trop importante, pulvérisez une solution de savon noir, alcool à brûler et huile végétale à hauteur d'une cuillère à café chacun pour 1 litre d'eau.
Comment les multiplier ?

Vous succombez chaque jour un peu plus au charme de vos fougères arborescentes et souhaiteriez multiplier leur présence au jardin ? Il va falloir vous armer de patience et offrir à vos semis des conditions bien particulières, deux données qui vous encourageront peut-être à vous rabattre plus simplement sur l'achat de plants de fougères arborescentes dans votre jardinerie préférée. Mais si vous êtes doté.e d'une volonté de fer et d'une âme de botaniste, voici comment il vous faudra procéder de mars à mai :
semer les spores (les petits points noirs apparaissant au revers des frondes de plus de 10 ans) dans une terrine remplie de tourbe ;
bassiner ou arroser en pluie très fine ;
recouvrir d'un couvercle transparent et maintenir à la lumière entre 20°C et 25°C ;
repiquer les pousses en godets après deux mois ;
maintenir celles-ci en serre fermée, dans une atmosphère humide et une ombre légère, à température constante (20°C-25°C) durant leur "très long" développement.
Installées en lisière d'un bois ou d'un bosquet, au cœur d'un massif exotique dans un coin ombragé du jardin, les fougères arborescentes composeront un paysage inimitable, luxuriant et généreux.