Le traitement des arbres fruitiers en hiver en permaculture

Le traitement des arbres fruitiers en hiver en permaculture

Applications de badigeon, d’huile blanche, de bouillie bordelaise ou nantaise… traditionnellement, les jardiniers réalisent ces traitements sur les arbres fruitiers en hiver pour prévenir les attaques de maladies et de ravageurs. Mais ces pratiques et ces produits sont-ils toujours d’actualité aujourd’hui ? À l’heure de la permaculture, il est possible de soigner nos fruitiers différemment. Exemples avec les principaux problèmes rencontrés dans le verger.

Lutter contre la moniliose des pommiers, cognassiers…

Symptômes

En hiver, on observe parfois des fruits qui semblent momifiés sur les arbres, avec des extrémités de rameaux desséchés. Précédemment (ou plus tard lors de la conservation), on peut observer les fruits pourrir puis se couvrir curieusement de taches beiges qui forment des anneaux concentriques.

 

Que faire ?

Apprendre la tolérance !

Malheureusement, les spores hivernent dans le sol et aucun traitement n’est réellement efficace contre la moniliose, pas même ceux à base de bouillie bordelaise (ou d’oxychlorure de cuivre) que l’on recommandait autrefois. Peut-être les purins d’ortie, de prêle ou autres extraits végétaux ont-ils un rôle de stimulation des défenses naturelles des arbres. Cela reste à expérimenter.

Un rien démuni face à la maladie, le jardinier est toutefois invité à inspecter son verger pour limiter les sources de contamination du champignon. On peut ainsi ramasser pour les brûler les feuilles mortes des arbres atteints, les fruits momifiés, les rameaux desséchés.

 

La bouillie nantaise : attention danger !

On préparait autrefois de la bouillie nantaise, encore appelée bouillie sulfocalcique, à base de chaux et de soufre, pour lutter contre presque toutes les maladies des arbres fruitiers. Disparu, ce produit revient en force aujourd’hui et on trouve de nombreuses recettes d’élaboration de ce fongicide maison.

Attention : la bouillie nantaise est très dangereuse lors de sa fabrication (le mélange est corrosif) comme lors de son application. Voilà pourquoi, depuis des décennies maintenant elle a été retirée de la vente.

Traitement contre la cloque du pêcher

Symptômes

Les feuilles des pêchers se recroquevillent, s’épaississent, se gaufrent et se colorent plus ou moins de rouge violacé. Si l’attaque est très forte, les très jeunes plants peuvent avoir leur croissance limitée.

 Que faire ?

Traiter le fruitier avec un produit cuprique en février-mars.

La cloque est causée par un champignon, Taphrina deformans. Celui-ci hiverne sous forme de spores dans les écorces des rameaux et sous les écailles des bourgeons. Aucune plante ou produit épandu (purins, décoction) sur le sol ne peut donc agir sur lui.

En fin d’hiver, dès que les écailles des bourgeons s’entrouvrent, les spores contaminent les jeunes tissus végétaux. C’est à ce stade précis, que l’on appelle « pointe verte », que l’on peut intervenir. Seul le cuivre (celui présent dans la bouillie bordelaise ou dans l’oxychlorure de cuivre) a une efficacité. Et encore : son action n’est que préventive (le cuivre ne tue pas les champignons). La pulvérisation de cuivre forme un film qui empêche les spores de pénétrer les tissus végétaux lorsqu’elles germent.

Le saviez-vous ? La cloque est certes très impressionnante… mais sans aucune gravité pour les pêchers à l’exception des très jeunes plants qui peuvent en pâtir. Normal : il s’agit d’une maladie de jeunesse qui diminue au fur et à mesure que l’arbre vieillit. Une sorte d’acné végétale en somme. L’usage en permaculture est donc… de ne rien faire !

Les remèdes de grand-mères contre la cloque du pêcher

Les coquilles d’œufs pendus aux branches du pêcher sont censées lutter contre la cloque. Et, sur un piquet dans le potager, éloigner les vers du poireau. Ou les piérides du chou. Elles seraient efficaces contre la rouille du rosier… Une polyvalence que l’on explique facilement : les coquilles d’œufs sont une superstition qui remonte aux Romains, qui accrochaient dans les arbres ou fichaient sur des pieux des crânes d’animaux censés effrayer et repousser toutes les « pestes ».

La coquille d’œuf n’a hélas pas plus d’effets que ces squelettes… Mais tel est le propre d’une croyance : si l’on ne peut pas démontrer son efficacité, il est difficile de convaincre de son inutilité.

Lutter contre les cochenilles

Symptômes

Les pruniers, pommiers, oliviers, agrumes… se couvrent de petites taches floconneuses et blanches ou bien de coques coriaces brunes? Il s’agit des cochenilles. Elles sont parfois accompagnées d’une matière gluante qui, en cas de forte attaque, peut se couvrir de poudre noire : la fumagine (un champignon s’installant sur le miellat des cochenilles).

 

Que faire ?

Vaporiser de l’huile.

Les cochenilles font partie de la famille des pucerons. Comme ces derniers, elles piquent et sucent la sève des plantes. Une forte quantité de ces insectes peut affaiblir de façon conséquente les jeunes arbustes. Par chance, il existe un produit très efficace (et d’ailleurs utilisé depuis toujours) : l’huile. On trouvait autrefois commercialisé ce produit sous le terme de « traitement d’hiver » ou d’huile « blanche » (pour la différencier de l’huile « jaune » qui contenait en supplément une substance insecticide).

L’huile a une action mécanique, en nappant le végétal elle recouvre et asphyxie non seulement les femelles (ce sont elles qui se cachent sous les boucliers que l’on voit), mais aussi leurs mâles, leurs larves et leurs œufs qui sont invisibles. Attention toutefois : l’huile détruit de la même façon les autres formes d’insectes inoffensifs ou auxiliaires. Bien que naturel, ce traitement sur un arbre fruitier doit réellement être justifié.

Zoom sur le badigeon pour lutter contre les acariens, les pucerons, les vers des fruits…

Blanc arboricole à base de chaux, badigeon maison à base d’argile, de cendres de bois, du lait… on a longtemps utilisé ces pâtes de fabrication artisanale, pour enduire, au pinceau, des troncs et grosses branches préalablement débarrassées de leurs lichens et mousses.

Le but ? Protéger le tronc des arbres contre les coups de soleil, contre les aléas climatiques, mais surtout pour détruire les formes hivernantes des ravageurs et les spores des maladies. On recommandait ainsi un badigeonnage annuel en fin d’hiver : en février-mars.

Outre que l’on peut douter de l’efficacité des badigeons contre les pucerons, acariens et autres ravageurs, le « nettoyage » préalable des écorces détruit aussi les insectes auxiliaires, des végétaux, des bactéries. Tout un microcosme indispensable à la santé de l’arbre.

 

Le saviez-vous ? La loi Labbé est entrée en application depuis janvier 2019. Elle encadre strictement les produits phytosanitaires commercialisés auprès des jardiniers. Seules bénéficient d’une autorisation de mise en vente des substances d’origine naturelle (non issues de la chimie de synthèse) et avec une toxicologie la plus limitée possible.

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